Dossier : Festival de la bande dessinée d\'Angoulême menacé?Plutôt discrets jusque là dans la polémique qui oppose les organisateurs du festival de la BD et la municipalité d’Angoulême, les dessinateurs font entendre leur voix. Et pas n’importe laquelle, celle, tonitruante, de Philippe Druillet. Dans le numéro de Charlie Hebdo sorti cette semaine, le Grand Prix 1988 du festival «atomise la mairie» comme l’annonce le titre à la une. Dans une interview d’une page, ce maître de la BD dit tout le bien qu’il pense de la manifestation et tout le mal que lui inspirent le maire mais aussi le CNBDI.C’est violent, très violent. Extraits:
«Quelque part, cette ville, qui représente le neuvième art, passe son temps à insulter la bande dessinée.Chaque année, il y a un scandale.Aujourd'hui, c’est le maire, Philippe Lavaud, qui fait chier. Un maire socialo, ce qui me fout encore plus les boules. J’ai l’impression qu’il a oublié le message de Jack Lang, qui s’est battu pour le festival d’Angoulême pendant des années».
«Angoulême, c’est notre festival de Cannes à nous. On a réussi à inventer un truc formidable qui dure depuis 36 ans. Et voilà qu’un con -qui n’est ni le premier, ni le dernier- vient foutre la merde.»
Sur le CNBDI: «En gros, une espèce de musée où se planque une bande de zozos qui roupillent. Car je me demande vraiment ce que font leurs 67 salariés tout au long de l’année (...). Si Angoulême a participé à la reconnaissance de la bande dessinée, le CNBDI n’y est pas pour grand chose».
Sur les finances: «Angoulême a investi un pognon fou et parfois dans des projets complètement délirants. A côté de ça, la ville n’a jamais développé son parc hôtelier pour accompagner ses différents festivals».
Le festival: «A Angoulême, ce qui est vachement bien, c’est que tout est mélangé (...) au milieu du bordel ambiant. C’est un beau Barnum. Tout d’un coup, la ville est illuminée, il y a de la bande dessinée partout, et c’est complètement barge. Tu as la rue Hergé, la rue Goscinny et, quand je serai mort, il y aura peut-être la rue Druillet, ou plutôt une impasse, je préfère...».
Le Hérisson défend Lavaud. Rarement tendre avec son camarade Lavaud, le socialiste Pierre Bussac vole cette fois à la rescousse du maire sur son blog, le hérisson de l’Angoumois. S’il est critique sur la forme, il estime que Philippe Lavaud a raison d’ouvrir le dossier: «Une fois les lampions de la fête éteints, nous pourrions nous demander si 4 jours de festivités, même avec 200 000 participants, constituent une politique culturelle pour l’ensemble de la population d’une agglomération de plus de 100 000 habitants, durant 365 jours», interroge-t-il, comparant le festival avec le Cheval d’Orgueil de Pierre-jakez Helias.
