Sud Barbezieux 
Jean-Claude Barbot sur son pont en imitation bois façonné par un artiste italien qui fuyait le régime de Mussolini. C'est une pièce exceptionnelle. Photo B. C.
C'est le joyau dont il est secrètement le plus fier. Jean-Claude Barbot, ancien bijoutier de Saintes, a restauré un trésor au moulin de Nanteuillet, à Voulgézac. Ici, «au fond d'une vallée exceptionnelle» et dans un écrin de verdure. Une oeuvre de presque toute une vie, faite d'herbes, de fleurs, d'arbres et de senteurs en tout genre. Des jardins de son grand-père, le presque octogénaire qui paraît quinze ans de moins a retrouvé la sève. Remis au goût du jour les allées, les rosiers, le potager, les coteaux et même le court de tennis privé de naguère. Alors, la direction régionale de l'Environnement est venue voir. Et elle a aimé. «Bah! des beaux jardins, il y en a d'autres. Vous trouvez vraiment que c'est exceptionnel, vous?», interroge, modeste, le jardinier. Pour les Monuments historiques, la chose est tellement évidente qu'ils ont décidé en fin d'année dernière de protéger le site. Une véritable reconnaissance pour le restaurateur amateur. Tout commence en 1927. À l'époque, Louis-Roger Parenteaud, grand-père de Jean-Claude Barbot et gendre du dernier meunier (Pierre Lacloux, disparu en 1900), transforme le moulin en une coquette maison bourgeoise de campagne. Il fait dessiner de vastes jardins et un étang - aujourd'hui peuplé de majestueux cygnes - par Eugène Bureau, paysagiste à La Couronne.
Au jardin à temps plein
«Mon grand-père, ingénieur en électricité, était un industriel qui avait fait fortune, raconte son petit-fils. Il a installé le courant dans beaucoup de villes, comme par exemple San Sebastian, en Espagne. Il habitait Angoulême, rempart de l'Est, et venait se reposer tous les week-ends à Nanteuillet.»
Amoureux de la nature, Louis-Roger Parenteaud se donne les moyens de savourer chaque semaine un millier de rosiers et toutes sortes de plantes. «Il s'était offert les services de deux jardiniers à plein temps», se souvient Jean-Claude Barbot. Un peu plus tard, un artiste qui avait fui l'Italie fasciste viendra doter les lieux de ponts et mobiliers avec des «reliefs du bois», en réalité de parfaites imitations en ciment de branches ou de tiges de bambou. «Ça aussi, les Monuments historiques ont aimé. Il paraît que c'est assez rare.» Et puis, avec le temps... «Le jardin s'est détérioré peu à peu, certaines plantations ont disparu.» Jusqu'à ce qu'en 1971, la grand-mère mourante ne confère une mission à son petit-fils. «Elle me donnait le moulin et les terrains, à charge pour moi de restaurer le jardin et de veiller à ce que rien ne sorte de la maison.»
Il a tenu parole. «J'ai commencé à gratter, à retrouver les allées, à refaire le potager.» Avec conviction? «Tout ceci, je le fais par devoir familial. Moi, j'aurais préféré vivre à la mer. Mais je suis le gardien de ces lieux.» Il a fini par aimer ce travail de titan mené avec son épouse Chantal tous les week-ends pendant trente-quatre ans, «puis à temps plein à partir de 2005».
Son «jardin nomade», comme il dit, il est en réalité fier de le montrer. S'il a mis des panneaux «propriété privée» un peu partout, «c'est juste pour trier un peu». Parce qu'il n'y a pas de porte, pas de clôture. «Et les gens sont nombreux à s'aventurer sur le petit chemin. Je laisse faire, la vallée est tellement magnifique.»
L'oeil sur son petit ruisseau, il dit, songeur: «La vie, vous savez, ça file vite. Je ne suis pas propriétaire de ce jardin, je ne fais que le préserver. Pour d'autres, après moi.» Et soudain, le passeur de paysages a une pensée pour sa fille et son petit-fils. Enracinés à Nanteuillet, comme lui.
Pour la première fois, le moulin de Nanteuillet participera aux journées des jardins en juin.
