03.07.2009

Jean-Marie Boutinot pense que Chardonne était «hanté par le vertige» • photo Romain Perrocheau
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Il s'est attaqué à un sujet sensible et il le sait. Mais il l'assume. L'infatigable metteur en scène amateur Jean-Marie Boutinot, figure incontournable de la compagnie «Pause Théâtre II» de Saint-Yrieix, ose Jacques Chardonne (1884-1968) sur les planches. L'ancien instit du Nord-Charente - il a enseigné à Nanteuil-en-Vallée - présente ce soir à Champniers une pièce sur l'écrivain barbezilien encore si controversé. Chardonne le collabo, mais Chardonne le génie littéraire, Grand prix du roman de l'Académie française 1931, auteur du mythique «Bonheur de Barbezieux».
Jean-Marie Boutinot en a lu les œuvres complètes et a voulu comprendre le personnage. Il a souhaité associer les gens de Saint-Yrieix à sa réflexion, en demandant à ceux qui vivent «impasse Jacques-Chardonne» de lui livrer leurs impressions. De là est née la comédie représentée ce soir, avant une tournée départementale à la rentrée. Avec une question qui demeure en suspens: peut-on jouer Chardonne à Barbezieux?
Votre nouvelle pièce, «Impasse Chardonne», est consacrée à l'écrivain barbezilien. Vous allez évidemment la jouer dans sa ville natale…
Jean-Marie Boutinot. Nous n'attendons que ça! Mais ce n'est pas si simple. Nous avons contacté la mairie de Barbezieux et la communauté de communes des 3B. Pour l'instant sans succès. Craint-on notre niveau d'amateurisme? Nous avons dix-sept créations à notre actif, alors non, je ne pense pas. On redoute surtout la polémique. Mais il n'y a pas de théâtre sans polémique. Et puis ce que nous faisons n'est rien d'autre qu'un travail d'éducation populaire. Il faut mettre les jeunes générations en face de l'histoire.
En l'occurrence ici, de l'histoire pas toujours très glorieuse d'un grand écrivain charentais…
J.-M. B. Pendant l'Occupation, Chardonne n'y est pas allé avec le dos de la cuillère. Ce qu'il a fait, c'est plus que de la trahison. C'est une adhésion philosophique à un régime national socialiste, au racisme. ça me paraît difficile de le donner de tout point de vue comme exemple de la jeunesse et je comprends que Barbezieux n'ait pas consenti à baptiser son lycée «Jacques-Chardonne».
Donc ce passé de collabo, qui fait encore honte à Barbezieux, n'est pas écarté de votre pièce?
J.-M .B. Non, mais je n'ai pas voulu m'en tenir à ça. La facette la moins glorieuse de Chardonne est certes évoquée, quand mes personnages montent sur scène, je ne veux pas que le public ne retienne de lui que l'image d'un salaud.
Vous semblez penser, comme l'écrivain Philippe Besson, que l'œuvre de Chardonne mérite d'être honorée à Barbezieux et que l'auteur aurait sa place dans une «maison des écrivains», en hommage à «l'école littéraire» de la ville…
J.-M. B. Absolument! Si cette maison ouvrait sans lui, ce serait une censure et il faudrait que les censeurs aient les mains bien propres. Chardonne était un grand écrivain, il a parlé de la Charente comme nul autre ne l'a fait et comme nul autre ne le fera. C'est un tacticien de l'écrit absolument extraordinaire. C'était un homme torturé, qui a été hanté toute sa vie par le vertige, et c'est ça qui me le rend finalement très humain. Il a fait comme tout le monde, il s'est posé des questions. Il a tenté d'y répondre, s'est trompé parfois gravement de route.
Votre pièce est aussi un appel à l'humilité…
J.-M. B. Oui. J'ai envie que les gens s'interrogent. Et qu'au regard de cet homme qui vit avec le sentiment du péché, sans cesse au bord du gouffre, chacun se dise: c'est aussi mon frère.
Vous aviez consacré une pièce à un autre écrivain charentais, Georges Hyvernaud. Incarcéré par les Allemands, ce n'était pas du tout un collabo. Vous faites le grand écart?
J.-M. B. Pessimiste pour pessimiste, ils peuvent former un syndicat avec Chardonne! Hyvernaud n'était pas tendre pour l'humanité non plus. Cette pièce, j'aurais aussi pu l'appeler «L'impasse Hyvernaud». Lui aussi était hanté par le vide. Ce n'est pas trop le grand écart, non! (rires).
Vous avez également écrit sur Ravaillac. Vous aimez les personnages sulfureux?
J.-M. B. Je m'intéresse à des gens qui dégagent un mystère, des tourments. C'est l'injustice et les maladresses du monde, dans l'aspect social et dans le plus tendre des relations humaines, qui me poussent à écrire. Chardonne, lui, n'écrivait que poussé par la colère. C'est pour ça que le dernier acte de ma pièce, c'est l'apaisement. Je l'ai écrit littéralement en pleurs.
Propos recueillis
par Benoît CAURETTE
En attendant le cycle
de représentations de la rentrée
- qui passera peut-être par Barbezieux -
«Impasse Chardonne» est jouée ce soir à 21h sur la place de l'Eglise
de Champniers. 2 € pour les moins
de 16 ans et 5 € pour les autres.
Repli possible à la salle des fêtes. Renseignements au 05.45.92.74.62.
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