Grand-Angoulême 
Il y a un truc qui énerve les auteurs de BD pendant les séances de dédicaces, ce sont ce qu'ils appellent les dédicaceurs professionnels. Ceux qui se font de l'argent sur leur dos en vendant sur eBay les dédicaces que les auteurs leur ont gentiment offertes pendant le festival de la BD.
Arleston et Serge Carrère règlent leurs comptes avec ces indélicats dans le dernier tome de leur série «Leo Loden», qui se déroule justement à Angoulême, pendant le festival. Depuis le temps, Arleston a appris à les repérer. «Ils ont tous le même profil: pas très jeune, en général avec l'accent belge ou du Nord. Assis sur un tabouret pliant, à côté de leur valise pleine de BD», dit-il pour décrire ces «serial dédicaceurs». «Ils ne sont même pas aimables, n'ont pas lu les bouquins, ne connaissent pas les personnages et ne demandent jamais de nom pour leur dédicace. Dans ce cas, on leur fait un petit dessin mal fait, un truc invendable.»
Et en plus, on est notés !
Malgré les ruses des auteurs, on trouve quand même sur eBay en ce moment un «Leo Loden» avec dédicace d'Arleston et Carrere à 140 €. Un «Boule & Bill» avec dédicace de Roba à 130 €, un Dupuy et Berberian dédicacé à 120 €, et les aventures de «Jérémie» tome 1 dédicacé par Riad Sattouf à 20 €. Bruno Maïorana, le dessinateur charentais de «Garulfo», lui, a arrêté de dédicacer pendant dix ans à cause de ça. «Et on est notés par les internautes sur notre sympathie ou la qualité de nos dessins !»
Mais le portrait-robot dressé par l'inspecteur Arleston pour reconnaître ces voleurs de dédicaces ne marche pas à tous les coups. Hervé, 43 ans, est bien assis sur son pliant, collé à sa grosse valise. Autre bon point, il n'achète que des BD dédicacées. Il en a plus de 1.500, qu'il n'a pas toutes lues, faute de temps. Mais, premier détail qui cloche, il a l'accent lyonnais et surtout il jure ne pas les revendre sur internet. «Ce n'est pas assez rentable. Je suis consultant et je gagne déjà beaucoup d'argent.»
«C'est le problème, ajoute Julien Neel, le dessinateur de «Lou», et prix Essentiel jeunesse 2010 depuis jeudi. Ils sont difficiles à reconnaître. Après, on a des doutes sur tout le monde. Je regrette qu'ils n'aient pas le courage de le dire. Moi, je leur ferais une dédicace. Je m'en fiche un peu. Le mec, il a fait la queue quand même.»
Jean-Frédéric, Rennais de 39 ans, ne revend pas ses dédicaces. Mais il peut comprendre. «C'est un moyen de racheter d'autre BD. Tu achètes ta BD 10 €, tu revends la dédicace 30 €, tu peux en acheter deux gratis.»
Pour limiter les abus, les grandes maisons procèdent par tirage au sort. Chez Delcourt, c'est Chewbacca, un colosse d'1,90 m, qui se jette dans la fosse aux lions et distribue à la foule en délire des tickets gagnants ou perdants pour la prochaine dédicace. «On n'a pas trouvé d'autres solutions», dit-il ressortant de son combat avec le public tout rouge et ébouriffé, mais sain et sauf.
Toute ressemblance avec des personnages existants serait fortuite et indépendante de notre volonté. Photo Majid Bouzzit







