Grand-Angoulême 
A plusieurs reprises ces derniers jours, y compris devant son conseil municipal, Philippe Lavaud a invité les éditeurs à venir au secours du festival de la BD, en prenant en charge les frais techniques que la ville ne veut plus supporter. La réponse vient de lui parvenir, sous la forme d'une lettre de Louis Delas, le patron de Casterman et président du groupe BD du Syndicat national des éditeurs: c'est non.
Dans ce courrier, les éditeurs font valoir tout ce qu'ils apportent au festival d'Angoulême depuis trente-sept ans: «Des festivals de bande dessinée, il y en a partout. Le seul où on est présent directement, c'est Angoulême. Et, à ce titre, on contribue largement à son rayonnement», insiste Claude de Saint-Vincent, le président de Dargaud.
Les éditeurs rappellent au maire que leur investissement financier ne se limite pas à la location de mètres carrés sous les bulles: «Il y a aussi la réalisation de stands attractifs, le temps passé, les coûts de transport et d'hébergement» de leurs équipes et de leurs nombreux invités. Ils font également valoir leur apport sur le contenu culturel et l'animation de la manifestation.
«Très loin
d'une rentabilité directe»
Une fois les comptes faits, les éditeurs seraient «très loin d'une rentabilité directe». Louis Delas sort ses chiffres au téléphone. Il dit perdre 250.000 € chaque année. «C'est un investissement de communication.» Dans le courrier, il conclut ainsi: «Toute sollicitation supplémentaire serait de nature à remettre en cause la présence de certains d'entre nous.»
Au téléphone, Claude de Saint-Vincent est encore plus clair: «Cette histoire pourrait être la goutte d'eau que certains éditeurs qui s'interrogent déjà sur leur présence attendraient.»
Les éditeurs, qui suivent de loin cette polémique, se demandent quelle mouche a piqué le maire de la capitale de la BD: «C'est le festival qui permet à Angoulême d'exister sur la carte médiatique. C'est quand même un véritable exploit d'y réunir plus de 200.000 personnes chaque année, presque autant qu'au Salon du livre à Paris. C'est aussi lui qui a permis d'en faire la cité de l'image. Voir Angoulême scier la branche sur laquelle elle est assise nous semble un peu étonnant», constate Claude de Saint-Vincent.
Il se dit aussi surpris pas la forme de «cette remise en cause unilatérale et extrêmement tardive». «Qu'une discussion ait lieu après le prochain festival, OK, on peut comprendre. Mais là, en novembre, alors que tout est engagé, c'est surréaliste.»
«Je trouve que c'est une perte d'énergie stupide et stérile. Si le festival n'avait plus lieu à Angoulême, la ville perdrait-elle moins que la centaine de milliers d'euros qu'elle refuse de donner au festival ? interroge Louis Delas. On avait rencontré Philippe Lavaud pour lui expliquer les choses très précisément. On a l'impression de ne pas avoir été entendus.»






