Grand-Angoulême 
Hier, la tension est encore montée d’un cran dans la polémique qui dure depuis plus de quinze jours, entre la mairie et le festival de la BD d'Angouême.
En début d’après-midi, Philippe Lavaud a rendu public un courrier adressé aux éditeurs.Un très long texte où le maire d’Angoulême redit que «le festival aura bien lieu et se déroulera dans les meilleures conditions». Mais dans lequel il n’apporte aucune réponse concrète pour faire face au désengagement partiel de la ville, estimé à 140.000€, sinon qu’il compte sur tous les acteurs concernés, publics comme privés. «Les seuls financeurs publics ne pourront pas tout, écrit-il, et il faudra que l’ensemble des participants et des bénéficiaires de ce magnifique rassemblement d’artistes, de professionnels et de passionnés apportent leur soutien et permettent la pérennité de cet événement».
Alors qu’il a reçu le matin même la lettre du syndicat des éditeurs déclinant sa proposition de les mettre en contribution, Philippe Lavaud aurait-il décidé de poursuivre son bras de fer?«Pas du tout, assure-t-on on service communication de la ville.Pour la bonne raison qu’il ne s’agit pas d’une réponse aux éditeurs, «Philippe Lavaud n’ayant pas pris connaissance de leur lettre au moment où il a écrit la sienne, qui est une lettre d’apaisement».
Gérard Desaphy, l’adjoint à la culture, jure «qu’il n’a jamais été question de demander un centime aux éditeurs pour la prochaine édition».
Ci dessous l'intégralité du courrier de Philippe Lavaud:
A l'Attention de Mesdames et Messieurs les Responsables des Maisons d'Edition et Auteurs de Bandes Dessinées et de Mangas
Madame, Monsieur,
Le Festival International de la Bande Dessinée est un élément constitutif de l'identité de notre Ville et il a profondément participé à la reconnaissance du 9ème art et à la structuration générale du monde de la bande dessinée. Deuxième salon du livre, troisième rassemblement populaire autour de la culture en France, il a fortement contribué à faire émerger des auteurs, à rendre visible des éditeurs, à apporter une reconnaissance au 9ème art, autrefois considéré comme marginal et devenu aujourd'hui moteur de la filière économique de l'édition. Les épreuves ont été nombreuses mais le courage des bénévoles, le professionnalisme des organisateurs, la fidélité des éditeurs, la passion des auteurs, la conviction des élus et l'attachement des Angoumoisins à cet événement ont toujours permis de continuer cette aventure et de bâtir de nouveaux rêves. Angoulême et la bande dessinée ont un destin et un avenir communs. Le Festival est ancré dans les remparts de notre ville, dans le cœur de sa population mais aussi dans les projets qui la font vivre. Il est notamment un élément incontournable de notre politique de l'image qui a permis de voir se structurer des entreprises, des écoles, et des espaces culturels. Fier d'être la capitale de la bande dessinée, Angoulême a souhaité fixer l'élan de la manifestation tout au long de l'année avec la création en 1990 du Centre International de la Bande et de l'Image, puis la création de la Maison des Auteurs et enfin en 2008 la réunion de ses deux structures avec le nouveau musée de la bande dessinée dans la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l'Image. Contraint de maintenir son budget dans un cadre strict, l'Etat est amené à baisser sensiblement ses dotations chaque année et n'assure plus aujourd'hui le pacte de stabilité envers les collectivités territoriales. Pour notre Ville, cette baisse représente un montant d'un million trois cent mille euros et nous demande des efforts importants pour parvenir à équilibrer notre budget dans un contexte d'endettement important de notre collectivité. Cette nécessaire recherche d'économies nous a conduit à restreindre encore le fonctionnement interne de la collectivité et à diminuer l'ensemble de nos subventions aux associations. .../... Dans ce contexte de compression de nos dépenses, nous ne sommes plus en capacité d'assurer à la même hauteur que les années passées les prestations en faveur du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême pour son édition 2010. La municipalité s'est engagée comme les années précédentes pour une subvention d'un million d'euros. C'est une somme extrêmement importante pour une commune de quarante trois milles habitants qui accueille par ailleurs six autres festivals. J e peux vous assurer que la Ville mettra tout en oeuvre pour permettre le maintien de cette manifestation d'envergure internationale à laquelle les Angoumoisins et l'ensemble du monde du 9ème art sont très attachés. A ce titre des négociations sont en cours afin de mettre rapidement un terme à cette polémique budgétaire qui, à mon sens, a pris des proportions beaucoup plus importantes que nécessaire. En effet, les multiples financeurs publics travaillent ensemble depuis des années pour répondre aux demandes du festival et c'est bien cette synergie et le dialogue qui existent avec les organisateurs qui ont permis l'épanouissement de cette manifestation phare. Malheureusement les seuls financeurs publics ne pourront pas tout et il faudra que l'ensemble des participants et des bénéficiaires de ce magnifique rassemblement d'artistes, de professionnels et de passionnés apportent leur soutien et permettent la pérennité de cet événement. Le Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême parvient chaque année à assurer le subtil équilibre entre mise en valeur de la bande dessinée et de ses nouvelles formes, découverte de jeunes talents, consécrations d'auteurs, champ d'expressions des plus grandes et des plus modestes maisons d'éditions, espaces de ventes et de dédicaces, expositions, débats, moments festifs et rencontres professionnels. De nombreux liens se sont tissés à Angoulême, de nombreux contrats se sont signés et de nombreux projets se sont concrétisés. J'espère que la 37ème édition du festival sera riche et créative. La Ville fera son possible pour que 37 ans encore cet événement permette aux Angoumoisins et au monde des passionnés de BD de découvrir le 9ème art, à notre territoire de se développer et à l'ensemble de la profession de se renforcer. Nous comptons sur vous pour que l'aventure perdure et qu'à Angoulême se mêlent pour les années à venir : art, économie et festivités. Je tiens donc par ce courrier à vous assurer que la 37ème édition du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême aura bien lieu et se déroulera dans les meilleures conditions grâce à la participation de tous et à l'engouement médiatique et humain qu'il générera une fois encore. Nous travaillons d'ores et déjà à la recherche des moyens nécessaires à la réalisation des prochaines éditions. J'espère par ces mots avoir apaisé vos craintes quant à la pérennité du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême et à l'engagement de la Ville, et vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Philippe LAVAUD







