EditoDites 23 ! Hier, les syndicats de médecins généralistes appelaient à la grève pour demander qu'on prenne enfin en considération leur demande depuis longtemps formulée de passer le prix de la consultation de 22 à 23 euros. Alors que la Sécu n'en finit plus de soigner - à défaut de le guérir... - son déficit chronique, au moment où - crise oblige - la plupart des Français broient du noir, on pourrait se demander si cette poussée de fièvre des généralistes est bien opportune. Même si la profession s'est paupérisée depuis quelques décennies, les médecins généralistes ne sont quand même pas devenus en effet les nouveaux «damnés de la terre». Avec une moyenne de revenu de 5.567 euros par mois selon la Dree (Direction de la recherche, des études et des statistiques), un généraliste gagne en effet 2,6 fois le revenu moyen français. Sauf que cette moyenne cache de nombreuses disparités selon les zones d'activité mais surtout doit être mise en perspective avec ce que touchent les médecins généralistes étrangers (3,3 fois le salaire moyen pour un Allemand et 4,2 fois pour un Britannique) mais aussi avec des confrères spécialistes français comme les radiologues (16.900 €) ou les anesthésistes (14.312 €). Oui mais ces derniers sont des spécialistes, direz-vous ? Sauf qu'en 2007 une loi avait été votée reconnaissant la médecine générale comme une spécialité. Et que cette loi n'est toujours pas appliquée... A cette absence de reconnaissance, s'ajoutent pour les généralistes l'inflation paperassière, la gestion de la carte Vitale, les contrôles tatillons de la Sécu, le stress, les journées qui n'en finissent pas, la montée de l'insécurité dans certains quartiers. Sans compter l'obligation, pour arriver à gagner correctement leur vie de faire, pour nombre d'entre eux ce que les syndicats désignent eux-mêmes comme de «l'abattage». Tout ça pour arriver à une moyenne de revenu horaire brut de 66 euros selon un économiste de la Santé. Du coup - et c'est là que celà nous concerne tous - seuls 10 % des généralistes formés aujourd'hui s'installent en cabinet. Selon les syndicats, si rien n'est fait il n'y aura plus en 2025 que 23.000 généralistes contre 56.000 aujourd'hui... Le gouvernement peut-il laisser ainsi grandir un tel désert médical alors que dans le même temps il taille dans les budgets des hôpitaux ? C'est la question posée à l'ensemble de notre société par le mouvement des généralistes. Une question qui est aussi celle des infirmières, victimes également de cette même politique qui semble avoir perdu son cap. Comme si le regard de nos dirigeants s'était brouillé à force de ne fixer que le seul déficit de la Sécu. Une obsession de gestion comptable qu'on comprendrait mieux si dans le même temps on n'avait pas dilapidé en pure perte plus d'un milliard d'euros pour la grippe H1N1.
