Edito
Or donc, Besancenot vint. Et ne fut ni vaincu. Ni convaincant. Ni vaincu par l'ogre de la pipolisation. Ni convaincant sur son rêve de Révolution
En étant l'invité vedette de l'émission de Michel Drucker «Vivement Dimanche» hier après-midi, Olivier Besancenot est-il resté en ligne avec la doctrine de la Ligue Communiste Révolutionnaire qui, dans son rapport aux médias (forcément) bourgeois, prône un «compromis sans compromission» ? Ou, au contraire, mérite-t-il le bûcher pour avoir trahi la cause du peuple ? Depuis quelques jours, la querelle agitait le microcosme, la bataille pichrocholine faisait rage pour savoir si le facteur de Neuilly allait être dissous dans la pipolisation, si lui, le «Rouge» bouffeur de capitalistes allait s'enfoncer dans le canapé de même couleur de Drucker jusqu'à se confondre avec lui. A la gauche de la gauche de la LCR - si, ça existe... - pas étonnant qu'on ait crié au loup. Quand on prône sans rire de dissoudre TF1 en «se référant au programme du Conseil de la Résistance» et, qu'en plus, on a un camarade, permanent salarié de la LCR, qui vient d'être licencié par un parti dont le candidat à la présidentielle prônait l'interdiction des licenciements, on comprend qu'il y ait malaise... Côté parti socialiste - où à l'évidence, on avait oublié la prestation de Ségolène Royal dans cette même émission - on tordait également le nez sur l'air du «on ne mélange pas les nobles idées avec les divertissements». Une façon de se pincer le nez pour éviter d'avouer ce qui fâchait le plus dans cette invitation: n'était-ce point là un nouveau coup tordu téléguidé par Sarkozy pour booster le futur parti anti-libéral que mijote le facteur ? Faire monter Besancenot pour faire descendre le PS ? Même Goasguen avouait qu'une telle perspective ne lui tirerait pas des larmes...Or donc, Besancenot vint. Et ne fut ni vaincu. Ni convaincant. Ni vaincu par l'ogre de la pipolisation auquel il n'a concédé qu'une photo de sa compagne et de leur fils et quelques anecdotes sucrées. Ni convaincant sur son rêve de Révolution dont il assure, certes, qu'elle n'est «pas une flaque de sang à chaque coin de rue» mais dont il rejette quand même à l'avance les violences sur les autres, les méchants capitalistes. Et si c'était Michel Drucker qui, au final avait été le grand vainqueur de cette émission dont on avait fini par oublier qu'elle servait à évoquer...mai 68 ? Un mai 68 dont Besancenot accepte l'héritage avec une lucidité et un relativisme intelligents par rapport à ses «pairs» quand il réclame aujourd'hui «le droit au doute» plus que le prêt-à-penser. Mais le vrai «héritier» de 68 n'était-il pas Michel Drucker, lui qui, journaliste, fut licencié comme bien d'autres de l'ORTF, et qui hier dans une émission, a permis un grand moment de télé (vraiment) réalité quand une ex-infirmière de Reynolds et une ouvrière du Nord ont dit leurs souffrances. Crues. Lourdes. Amères. Vraies. Au-delà des slogans et des paillettes.
 
Edito du 10.05.2008
Edito du 09.05.2008
Edito du 08.05.2008
Edito du 07.05.2008
Edito du 06.05.2008