EditoProgrès scientifique et éthique publique: ce pourrait être le prochain sujet de philosophie des élèves entrés hier en terminale. C'est aussi la question qui va venir sur la table du dernier conseil des ministres de ce mois où seront présentés les textes révisant les lois sur la bioéthique. Après deux ans de débat, le projet porté par Roselyne Bachelot et qui a déjà reçu l'imprimatur de Nicolas Sarkozy traite à la fois de dons d'organes, de procréation artificielle, de recherche sur les cellules embryonnaires, etc. Des sujets graves qui mettent en jeu de légitimes aspirations à accéder à des solutions que permettent désormais certaines avancées scientifiques. Mais aussi des aspects juridiques. Mais encore les conceptions de chacun et bien sûr les protections que la société cherche à mettre pour éviter les dérives. Si le projet de loi risque de décevoir ceux qui désiraient légaliser les mères porteuses ou accepter la procréation artificielle pour les homosexuels, il lève par contre de nombreux tabous notamment sur les greffes d'organes. Un autre volet de ce projet de loi -à première vue anodin- risque pourtant de créer demain une sacrée polémique. Voire, après- demain, des situations inextricables. Il s'agit d'ouvrir la possibilité pour un enfant né d'un don de sperme ou d'ovocyte de connaître son géniteur. Alors qu'auparavant les dons étaient totalement anonymes, le texte prévoit que l'enfant qui a atteint sa majorité légale pourra connaître celui ou celle dont il est génétiquement issu, dès lors que le donneur n'y a pas fait opposition. Cette disposition doit permettre de répondre au traumatisme de quelques cas d'enfants instruits de la façon dont ils ont été conçus et qui cherchaient en vain à connaître leurs origines. L'intention serait fort louable si elle n'introduisait, au prétexte de faire face à une minorité de cas douloureux-tous les parents n'ont pas l'envie ou...la légèreté d'une telle transparence- quelques problèmes bien plus graves. En effet, afin d'honorer cette transparence devenue le dernier totem à la mode, on modifie sans l'air d'y toucher le concept même de «parents». Le scientisme y trouvera son compte, l'équilibre de la société beaucoup moins dès lors qu'on veut continuer à penser que le parent est bien celui qui décide d'avoir l'enfant, qui le voit grandir dans le ventre qu'il a sous les yeux pendant 9 mois, qui l'élève avec amour, plutôt que celui qui éjacule dans une éprouvette. En brouillant la donne, on ouvre également la fenêtre à un imbroglio juridique qui ne pourra que renforcer dans les prochaines années la judiciarisation déjà bien avancée de notre société. On peut également s'interroger sur les indications qui -en cas d'anonymat- fournissent une série de renseignements sur le lieu de résidence et...le milieu social du donneur! Fils de polytechnicien ou d'ouvrier? Le Meilleur des mondes n'est pas loin.
