05.02.2008
Agnès MARRONCLE

... Quant à Olivia Perrier, elle a été séduite par l'esprit «hobinomik» indonésien • photos CL
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Juste rémunération des producteurs et fabricants, transparence et limitation des coûts intermédiaires, préservation de l'environnement: ces principes régissent l'appellation «commerce équitable». C'est ainsi que l'entendent trois demoiselles de La Rochelle, qui n'ont d'ailleurs rien d'autre en commun. Elles ne se connaissent pas, n'ont jamais échangé. Et pourtant, chacune a lancé récemment son entreprise pour vendre des produits d'ailleurs de façon équitable.
La soie du Cambodge
pour raison de vivre
Du haut de ses 30 ans, Sandy Blain est la doyenne des trois. Après des études supérieures d'ingénierie financière, elle est partie au Cambodge, engagée par une ONG pour aider à la création de systèmes de micro-assurances santé.
«Je suis une matheuse et j'aime l'économie, mais je n'ai pas pour autant l'âme d'un requin de la finance. Il y a d'autres façons de mettre à profit ses compétences.» Sandy a vécu deux ans dans le sud du Cambodge, découvert la beauté de la soie et le savoir-faire des tisserands et couturières khmers, appris leur langue.
«Le problème pour ces gens, ce sont les débouchés. Je n'ai pas trouvé d'autre solution que de m'y atteler moi-même en créant une société: La Vie Devant Soie. Je fais fabriquer au Cambodge des accessoires de mode, sacs, chapeaux, étoles, ceintures, puis je les vends en France par l'intermédiaire de boutiques.»
L'an dernier, Sandy a ainsi fait travailler une quarantaine de couturières «payées deux à trois fois mieux que le salaire moyen sur place» et commercialisé environ 5.000 articles pour un chiffre d'affaires de 170.000 €. «Je ne me verse qu'un petit salaire. La société est encore en développement et je préfère investir, permettre à plus de gens de travailler là-bas.»
De la déco
made in Burkina Faso
Estelle Darie-Rousseau, 29 ans, a, elle, jeté son dévolu sur le Burkina Faso. «Enfant, j'ai vécu longtemps en Afrique et j'ai toujours su que je voudrais faire quelque chose plus tard pour ces pays.»
Ingénieur agronome, Estelle a d'abord répondu à des appel d'offres de missions de développement avant de choisir, elle aussi, la création d'entreprise.
Sa société enregistrée à La Rochelle en avril 2006 se nomme L'Autre Comptoir et propose sur internet comme en boutiques des objets déco en bois, cuir, bronze, des bijoux… Autant d'articles dont 20 % à 25 % du prix de vente sont reversés aux onze ateliers d'artisanat engagés dans la démarche.
«Je ne gagne pas encore ma vie avec ça. Je continue à faire du conseil à côté. Mes collections marchent bien, mais il y a un décalage entre les attentes des boutiques en France et l'organisation du travail sur place. Cela pèse sur la rentabilité, mais je tiens vraiment à accompagner les ateliers, à les aider à s'organiser.»
Vêtements indonésiens
via internet
La plus jeune, Olivia Perrier, 24 ans, s'est laissée séduire par l'esprit «hobinomik» indonésien, mouvement culturel des jeunes créateurs de Java dans les domaines du design et du textile.
«J'ai fait l'IUT Tech de Co à La Rochelle, puis une licence LEA anglais-indonésien.» Après un long séjour sur place, Olivia s'est elle aussi aventurée dans la création d'entreprise mode et éthique. Elle lance ces jours-ci hobinomik.com, une boutique internet de vêtements de huit créateurs qu'elle a sélectionnée parmi des centaines, à Bandung.
«Je pré-achète les produits un peu plus cher que les prix pratiqués là-bas. Ensuite, je reverse aux ateliers 14 % du prix de vente en France, si ces derniers ont respecté leur part du contrat: utilisation de coton bio, bonnes conditions de travail… Je veux veiller surtout sur celles faites aux femmes. Elles sont vraiment sous-considérées en Indonésie.»
Les trois jeunes femmes n'évaluent pas au même pourcentage ce qu'elles jugent équitables. «Ce que je fais, c'est uniquement pour ces gens», se justifie Sandy qui ne veut surtout pas vendre ses articles dans des boutiques labellisées «équitable». «Mes produits n'ont rien d'ethniques. Il est préférable que cette démarche pénètre les boutiques de mode ordinaires», déclare la jeune femme.
Tous ces objets justement payés sont-ils ensuite plus chers à la vente ? «A peine, vu qu'on limite les intermédiaires», observe Olivia. Vendant sur internet, elle espère également toucher un maximum de monde et pas seulement la clientèle «alter-écolo». «L'équitable est aujourd'hui dans les têtes des gens de ma génération, estime-t-elle. Ils sont de plus en plus consommacteurs. Ils veulent savoir dans quelles conditions sont fabriqués les produits qu'ils achètent. Je suis sûre que ce type de commerce va faire un grand bon en avant dans les prochaines années.»
Estelle, Olivia et Sandy sont déjà sur les rangs.
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