Pays de Cognac 
J'ai des crédits à rembourser, j'ai 4.000 euros de découvert, dans soixante jours, ils me mettent interdit à la Banque de France...» Rien ne va plus pour Sarah Chat. Elle et les quatre autres salariés des Ambulances Cesbron, à Cognac, font les frais de la situation inextricable dans laquelle se trouvent leur entreprise et leur patron, Dominique Cesbron, auquel la Caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) a retiré son conventionnement mi-octobre 2009. Depuis, plus de travail. Résultat, personne n'est payé depuis le mois de novembre.
«Ça fait des semaines qu'il nous dit qu'il [Dominique Cesbron, N.D.L.R.] va déposer le bilan, et il ne le fait pas», poursuit Sarah Chat. «Chaque fois il nous dit qu'on va être payé dans dix jours», ajoute-t-elle.
La confiance dans leur patron, l'espoir que la situation finisse par s'arranger, ont fait patienter les salariés. Mais maintenant, «Y'en a marre !». Ils ont déposé un dossier auprès des Prud'hommes pour salaires non versés. «Je passe en conciliation le 16», détaille Sarah Chat. «Mais il paraît que ça peut durer encore trois mois de plus ! Moi, encore six mois comme ça, et je suis sous les ponts !»
«On n'est ni licenciés, ni rien», s'impatientent les autres salariés qui, de ce fait, ne peuvent ni s'inscrire au Pôle emploi et toucher une allocation-chômage, ni retravailler.
«Simple pour personne»
«Dominique Cesbron nous avait dit qu'il devait déposer le bilan vendredi, ou lundi. Et rien n'est encore fait», pestent les salariés.
Dominique Cesbron, de son côté, semble dépassé par les événements. Lui aussi sans revenu. Son épouse travaillait également dans l'entreprise. «Déconventionner une entreprise de transport sanitaire, c'est comme déconventionner un médecin, une infirmière. C'est la ruine», souligne Me Bertrand Denis qui, depuis le début, conteste les motifs sérieux invoqués par la CPAM et qui ont conduit au déconventionnement de l'entreprise de son client.
«J'ai un dossier à charge avec des choses qui me semble hallucinantes», estime Dominique Cesbron. «J'ai toujours été carré, honnête... Il y a peut-être un moment où je n'ai pas été assez vigilant», reconnaît-il.
Reste que, début décembre 2009, il était débouté de sa procédure en référé au tribunal administratif de Poitiers, contestant le déconventionnement et, avant lui, les motifs de redressement invoqués par la CPAM contre l'entreprise.
«Tout ce qui est reproché correspond à des transferts [des transports de personnes, N.D.L.R.] qui ont été réellement faits», insiste l'avocat bordelais, balayant d'un geste les soupçons d'escroquerie qui pourraient être évoqués.
Depuis le mois de novembre, certains des salariés, dont Sarah Chat, se sont même portés candidats à la reprise de la société. Sans que cela n'aboutisse. Ils ont dû jeter l'éponge fin décembre.
Du côté de la direction de la société d'ambulances, et de son avocat, on veut encore espérer une levée du déconventionnement. «Cela fait déjà quatre mois», pointe l'avocat, sous-entendant que la peine a déjà été lourde. Car «cette société, si elle redémarrait, elle gagnerait de l'argent». Il en est persuadé. Dans quelques jours, la société déposera -enfin diront les salariés- le bilan au tribunal de commerce. Un plan de redressement pour continuation devrait être présenté dans la foulée.
Hier, Dominique Cesbron a rencontré la députée Marie-Line Reynaud, pour lui demander d'intercéder en sa faveur. «Mais je n'ai encore aucun dossier, rien... C'est une situation simple pour personne», résume-t-elle. Elle ne peut tomber plus juste.
Sarah Chat (au centre) est les autres salariés de la société d'ambulances, sont sans salaire depuis le mois de novembre dernier.
Le patron voulait croire hier encore à une reprise de l'activité. Photo J.-P. Coffin
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